• Confession d’une nuit sur un oreiller .

     

    Je souhaite que cette DAME se manifeste car ses confidences sont d’une beauté certaine et d’un intérêt certain.

    Merci à vous Madame.

    POUR ELLE !

     

     

    La femme qui n'avait jamais vu d'homme heureux.

     

    Avant, j'étais une pute. J'aime ce mot, pute; on lui enlève souvent ses lettres de noblesse mais pour moi pute c'est un métier, un art et une nécessité dans notre société.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Huit ans que je n'ai pas mis ma blouse de pute. Que je ne choisis plus mes dessous avec un sérieux redoutable. Que je n'inspecte plus mon corps comme un outil de précision. Que je ne me farde plus de mon sourire de miss France. Bref 8 ans que je ne rends plus service à ces messieurs.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Ces messieurs: mon travail, mon amour, ma crainte et ma détestation. Je les ai plus aimés que je ne les ai détestés. Certains bons, certains lâches, certains dangereux, certains nauséabonds. La société dans mon lit. Un panel représentatif, sous moi et sur moi.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    J'ai eu de tout, du très jeune au très vieux. De l'Apollon au handicapé grabataire. Je n'acceptais pas tout et tout le monde, je pouvais choisir ma clientèle. J'étais ma petite entreprise et toutes les filles ne peuvent pas en dire autant... Seule, j'étais seule. Aux commandes de mon corps, d'abord, et seule devant leur bite ensuite. J'aime aussi ce mot bite. Quand on veut le rendre noble on dit pénis. Moi la bite elle me fait penser à une taupe quand elle dort.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    C'est complexe, une bite. Peut-être même plus qu'un vagin et sa vulve. J'aime aussi ce mot vulve. Vulve. Celui-là, il me fait rire. Je l'aime vraiment bien. Je ne suis pas là pour partager mes goûts sémantiques. Je vous dis cela parce que je crois que si on change quelques lettres à pute ça peut faire "doctoresse ou super-héros du cul. Glorifierais-je ce métier pour me déculpabiliser? Pour accepter le fait d'avoir vendu mon corps, mon temps et mon écoute? Certainement.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Mais d'un autre côté, je pense sincèrement que j'ai préservé quelques femmes de se faire violer dans un coin sombre d'un parc, préservé quelques femmes mariées de se sentir obligées d'accepter en elle leur homme après une journée harassante ou simplement quand le plaisir n'était plus au rendez-vous.

    J'ai sauvé des hommes face à leurs doutes d'eux-mêmes, de leur dégoût face à leur corps (beaucoup d'hommes détestent leur corps, mais on n'en parle pas, on dit qu'il n'y a que les femmes pour ça). Je les ai sauvés de leur honte face à leurs désirs, de leur colère face aux femmes.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Médiatrice entre leur ÇA et le SURMOI de la société. J'essayais au mieux de panser leurs plaies et guérir leurs bobos.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Comme vous, je pense, j'ai dû comprendre, toucher, laver et écouter leur corps. Entendre, analyser, deviner et accepter leurs pensées.

    J'aimais ce travail, différent chaque jour, parsemé de-ci-delà de quelques habitués auxquels on s'attache, mais qui, au fond, nous désespèrent quelque peu.

    Je me sentais utile aux autres. J'aimais donner un peu de tendresse à ce monde brutal.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Mais parfois je voulais qu'ils disparaissent, que ce flot de misère humaine cesse de se répandre sur mes draps, qu'ils aillent les vivre ailleurs leurs problèmes; je ne voulais plus les voir ni les approcher. Envoyer tout valdinguer et élever des chèvres dans le Galápagos (je sais y en a pas là-bas, mais d'où l'idée de génie!).

    Pourtant, finalement, le matin au réveil, je savais que ma journée n'allait pas être vaine. J'allais sauver, apaiser, écouter quelqu'un.

    Parce que soyons honnête, ça peut AUSSI être dur d'être un homme dans ce monde. J'aimerais que les gens comprennent un tout petit peu que les putes ne sont peut-être pas parfaites, ni parfaits, mais ils ont à charge un pan de la société qui souffre. Voilà, c'était mon histoire.

    Confession d’une nuit sur un oreiller .

    Je replie le papier, lève la tête. La Dame en face de moi me regarde faire, prend une longue inspiration, puis elle lâche:

    "Je n'ai jamais croisé de clients heureux."

     

    Triste monde en effet qui par sa faute ne sait aimer.

    Je peux dire haut et fort que moi je côtoie des hommes heureux parce qu’ils se sentent aimés et qu’en retour ils savent nous aimer.

    Souvent les femmes on ne sait trop pourquoi sont responsables de l’éloignement dans le couple privilégiant travail, enfants tombant dans le « Être Maman » oubliant le « Rester Femme ». Je ne leur jette surtout pas la pierre car souvent ces couples ont tout simplement oubliés de se parler. Dans un couple si la femme est trop épanouie on la traite de ceci cela. Bien sûr le couple c’est avant tout la sphère de l’intimité. Il n’y a qu’à voir le désastre de ce que cela donne quand cette sphère ne suffit plus ni à l’un ni à l’autre : regardez ce pauvre net du cul et vous comprendrez le désarroi de certaines et certains. Et ne me dites surtout pas que ces gens-là sont heureux, surtout pas. Bien sûr par fierté, prétention elles ou ils ne vous diront jamais le contraire.

     

    Des Femmes au grand Cœur ces «  Travailleuses du sexe ». J’en ai rencontré!

     

     

     

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